L'accompagnateur


J'ai laissé la plume à BB - mon cher et tendre - pour cet article histoire de se mettre d'un point de vue extérieur. Bonne lecture. Aurore 


Orsières (OCC) – 28/08/2014 – 7h40
Après une petite nuit dans un hôtel du village, je cours dans les rues, appareil photo à la main et gros sac plein d’affaires sur le dos. Ma tactique de course est simple. Rejoindre la voiture le plus vite possible et foncer sur cette petite route sinueuse qui mène à Champex-Lac avant que la route ne soit fermée ! Je suis en stress,  je ne suis pas bien. J’ai la boule au ventre et la nausée. Comme si c’était moi qui allait prendre le départ de cette très longue course ! 
Alès – 11/11/2012 
10km 39’59 ! Moi qui visais 40min je n’aurai pas pu faire mieux ! C’est donc tout content que je retrouve Aurore qui était venue me voir et prendre des photos. Elle aimait la danse, elle détestait courir. Pour la taquiner et connaissant l’effet envoutant de la course à pied et du sport en général je lui lance un petit « ça te tente pas ?! ». Elle me regarde, petit sourire et laisse échapper un petit « si, pourquoi pas ».
Et quelques jours plus tard c’est parti ! Direction Décathlon pour un premier achat de chaussures et de vêtements. Le basique, pour débuter, quand on n’a pas un gros budget et si on ne sait pas si ça va nous plaire. Maintenant, y a plus qu’a comme en dit. Direction la voie verte pour accompagner Aurore sur ses premiers kilomètres. Mon Dieu, j’étais si content de la voir courir, moi qui aime tellement ça ! Mais je ne savais pas trop m’y prendre non plus. Je suis un athlète, pas un coach.  Je connaissais parfaitement mon allure, pas la sienne … Il a fallu qu’on apprenne à courir ensemble. J’étais super content ! Mais voilà, je ne savais pas dans quoi cela allait nous emmener tout ça ! 
Et voilà, c’est comme ça que l’on s’est vite retrouvés à faire des petites courses ensemble tel que son premier 5km, son premier 10, ses premières petites courses natures qu’il y a en grande quantité dans le sud. Mais aussi des trails plus engagés, en montagne tel que le Vars Mountain Trail qui faisait parti de sa prépa OCC. 
Mais je ne cours pas toujours avec elle. Heureusement d’ailleurs ! haha. Car oui, courir avec sa moitié c’est bien, c’est génial même. Mais dès fois on se chamaille un peu, on se dispute aussi. Mais ça ce n’est pas bien grave. Non en vrai je ne cours pas toujours avec elle pas parce que nous n’avons pas le même niveau, mais parce que j’aime aussi courir pour moi. Je planifie donc ma saison en fonction, sur beaucoup de rendez-vous nous courons tous les deux mais chacun sa course, et sur certains nous décidons de courir ensemble. Après ça dépend aussi, ici au Canada les courses sont très chères et la saison relativement courte et avec un nombre assez limité de grandes courses quand même donc on en fait moins ensemble …

Mais si je ne fait pas la course et que je ne cours pas avec elle, c’est tout naturellement que je l’accompagne et que je fait son assistance. J’ai eu l’occasion de le faire lors de ses 2 principaux rendez-vous de l’été 2014 soit le Cross du Mont Blanc fin juin et l’OCC fin août.  Ce ne sont pas encore des ultra-trails (je vais avoir la chance d’accompagner mon ancien entraineur et un copain à lui fin juin sur le 100km du Mont Albert donc on verra ce que ça donne) mais quand même, j’y ai passé une bonne partie de la journée pour les deux.  C’était plus facile même pour l’OCC que pour le Cross, car pour le cross il m’a fallu prendre à deux reprises le téléphérique pour voir passer madame.
Car oui, je suis quelqu’un d’assez stressé en général, mais je ne pense pas avoir déjà autant stressé que ces deux journées là. Oui forcément quand j’ai fait mon marathon de l’Hortus (course que va faire Aurore en mai) j’ai stressé. Un peu le soir mais pas trop, surtout le matin. Mais dès que le coup de pistolet est lancé, tu te mets dans ta course et c’est parti ! Quand t’es accompagnateur non, tu stress la veille aussi, le matin beaucoup et tout le temps !! Dès que tu prends ta voiture tu pries pour qu’il n’y ait pas un pépin sur le trajet (surtout sur ces petites routes de montagnes – si le trail est en montagne), ta peur d’arriver en retard etc… 
Bon en général, tu arrives bien à l’avance sur ton coureur et tu attends un bon moment. Mais ce n’est pas grave, tu discutes avec d’autres accompagnateurs, qui ils attendent, s'ils courent, d’où ils viennent, puis tu applaudis les autres coureurs. C’est marrant, ces personnes là tu ne les a jamais vu avant, tu ne les reverras plus jamais mais une fraction de seconde, tu as l’impression de les connaitre. Car tu sais ce qu’ils ressentent et tu sais a quel point juste un petit « allez, lâche pas, continu, le ravito arrive … » peut faire du bien. Beaucoup s’accrochent à ton regard aussi. Ca fait peut être X temps qu’ils en chient, seuls dans la nature, ils traversent une mauvaise passe ou autre et de voir un visage souriant sur le bord du sentier ça leur fait juste du bien. C’est comme ça que je me suis retrouvé à parler pendant une bonne heure avec un Suisse le matin de l’OCC qui attendait son père et qui allait courir la CCC le lendemain, à taper dans des centaines et des centaines de mains, à motiver des gens qui étaient en train de marcher et même a étirer un coureur pris de crampe au mollet juste avant le ravito de la Flégère. L’étirer, le masser, parler cinq minutes avec lui, le remotiver et le laisser s’échapper. D’autres coureurs, d’autres mains, d’autres regard et enfin, au loin ton coureur. Tu le reconnais de loin, à sa foulée en général. Tu le rejoins, fait les quelques mètres avec lui qui le sépare du ravito et la c’est parti, faut que ça s’enchaine ! Le but du jeu : qu’il en fasse le moins possible. Selon son état de lucidité aussi, tu dois penser pour lui, le couvrir s'il fait froid, la casquette si le soleil tape, la veste de pluie s'il pleut... 
Au mieux, tu sais exactement où tout est rangé dans le sac, tu gagnes du temps et ton poulain aussi. D’ailleurs ça me fait penser à une petite vidéo de Sébastien Chaigneau et de sa femme qui répètent l’assistance du jour J . Bon lui c’est un coureur élite qui s’arrête à peine aux ravitos, mais c'est intéressant à voir : 

Bon bien sûr quand on suit un coureur qui fait partie du milieu de peloton et qui ne joue pas la gagne, il a le temps de s’assoir, de parler un peu et de manger. Après le discours est très personnel, rassurer, motiver, encourager… Mais surtout ne pas stresser, ne plus stresser, pendant les quelques secondes ou minutes où le coureur est à nos côtés. Surtout s’il a une petite blessure ou s’il est short au niveau des barrières horaires. 
En cas de blessure ou de fatigue extrême aussi, je pense qu’il est de notre responsabilité aussi de savoir dire stop, même si c’est LA course de l’année ! Ca reste un sport, de l’amusement et repousser ses limites oui, mais jusqu’à un certain point. Mais ça, autre débat, peut-être autre article. Très IMPORTANT : si votre coureur est un kiki comme le mien, vérifiez qu’il n’oublie rien en partant. Du style casquette ou bâtons ! Hein Aurore ?! 
Et voilà, une fois qu’il s’est un peu ressourcé, qu’il s’est bien ravitaillé et qu’il n’a rien oublié (!) petit bisou - fonction de votre intimité, pas obligatoire le bisou, de même que le bébé dans les bras à l’arrivée d’un ultra, pas obligatoire non plus mais tellement beau ! haha - et ça repart ! 



Rendez-vous au prochain check point ou à l’arrivée. 



Haaa l’arrivée. Certainement avec le départ un des moments forts de la course. The place to be comme on dit. Un concentré d’émotions sur quelques mètres, les doutes s’envolent, on repense à toute la saison, la préparation, on refait la course en quelques secondes et puis on profite ! J’ai adoré passer la ligne d’arrivée du cross main dans la main avec Aurore. Et j’aurais adoré passer celle de l’OCC. 
Mais une fois la ligne d’arrivée passée, votre travail n’est pas fini. Celui du coureur oui, nous pas encore ! Il faut ravitailler celui-ci, l’écouter te raconter sa course, le féliciter mais aussi sécher ses larmes d’émotions –si applicable- ou gérer les déceptions. Car oui, même après une course de folie, le coureur se remet toujours en question. S'il avait fait ci ou ça …. Mais c’est normal. Une fois tout ça terminé, votre journée/week-end est enfin fini. Vous pouvez vous reposer, enfin ! Regarder les nombreuses photos que vous avez prises durant la journée,  ressasser le courant de la journée, manger un gros macdo (ou pas).
Bon je place un peu le coureur comme une entité super précieuse, mais si votre coureur comme moi se prend pour une princesse, c’est un peu comme ça que cela se passe ! (A : moi une princesse ??) 


Suivre un coureur en montagne (ou pas forcément) , ça demande une certaine dose d’organisation et de matériel : Liste des choses à avoir avec soi. 
-Une voiture : Indispensable pour vous rendre d’un ravito à un autre.

-Votre coureur : J’avoue que c’est super tentant de le laisser à la maison et de profiter de cette fin de semaine tranquille à la montagne. Mais bon, ça se fait pas vraiment. 

-Votre sang froid : le coureur sera probablement très stressé pour sa course le matin, et vous pour tout ce qui est organisation de la journée, mais il ne faut pas que ça paraisse, le stress est super communicatif, vous ne voulez pas le stresser encore plus.

-Des habits de rechange pour le coureur : en plus de son matériel obligatoire, ayez toujours un sac avec tout ce dont il peut avoir besoin (surtout s'il fait froid et qu’il pleut ! – collant, tee shirt, manches longues, veste, chaussettes et pourquoi pas petite couverture le temps qu’il se repose ou qu’il mange au ravito).

-Des habits de rechange pour vous : même si vous êtes en plein été et qu’il fait un soleil magnifique le matin, le temps peut très vite changer en montagne, toujours avoir une petite laine avec vous.

-Tout un attirail de matos pour le coureur, en cas de petit pépin ça peut vite amener à un abandon ou de longues heures de galère ! En tête j’ai : une poche à eau ou des bidons de rechange, des épingles à nourrisse pour réparer une lanière du sac qui se déchire par exemple, crème pour les ampoules, moustique, petite trousse à pharmacie avec le minimum, piles, frontale, casquette, buff, chaussttes, des écouteurs (Aurore a cassé les siens durant la course et il aurait fallu quez j’en ai d’autres…).

-Des livres : pour vous occuper durant les loooooooongues heures d’attente que vous allez avoir. 


-L’appareil photo : Pour prendre votre magnifique coureur, cheveux au vent, galopant dans les prairies ! Puis si vous êtes dans un nouvel endroit, un coin que vous n’avez jamais visité, croyez moi vous aurez le temps de prendre bien des photos. 

-De l’argent : classique mais vous aurez faim à un moment ou un autre. 



-Du PQ : cf ci-dessous (un briquet, pour bruler le PQ une fois fini, ne pas laisser de traces dans la nature). 


-Des habits confortables sur vous : si jamais comme moi vous aimez remonter un peu le chemin et courir à ses côtés quelques centaines de mètres avant le ravito.

-Et votre plus grand sourire : Pour votre coureur, mais aussi les bénévoles, les papis qui comprennent pas trop ce qui se passe « hein, ils courent combien de km ?! Mais pour quoi faire ?! » et tout le monde !



Cette liste n’est pas exhaustive ou peut paraitre un peu too much selon les courses. Bien évidemment vous n’aurez jamais besoin de tout cela ! Enfin je l’espère ou sinon votre coureur a vraiment la poisse et il serait temps de s’inquiéter !  



Si vous avez quelques questions, si vous aller suivre quelqu’un sur  le Cross du Mont-Blanc ou l’OCC, ou autre n’hésitez pas à me contacter (onglet contact sur le côté ou en commentaire)

7 commentaires

  1. Je dois me répéter mais c'est fou ce que vous pouvez dégager en vous lisant tout les deux, bel complicité, gardez ça précieusement.

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    1. Merci Elodie, ça fait plaisir :) Bonne journée!

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    2. Je vais accompagner ma sœur ce week-end pour son premier marathon, ton article tombe à pic ;)

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    3. C'est sympa sur route aussi, mais il y a moins d'échanges qu'en trail. Par contre ça demande pas mal d'organisation pour le départ et se retrouver à l'arrivée. Surtout sur une grosse course comme le Marathonde Paris j'imagine (?!) ^^

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  2. Super! Première fois que je lis un article sur le rôle d'accompagnateur! Pour moi c'est un peu un mystère puisque je n'ai jamais fait de course qui nécessite cette aide; mais je vois que c'est une sacrée organisation et vous avez une superbe complicité!
    Bravo à vous deux!

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    1. Tecniquement je n'avais pas besoin d'aide sur le cross mais sur l'OCC oui (j'y suis restée toute la journée) et c'est vrai que c'est vraiment cool d'avoir quelqu'un qui prend soin de toi et qui t'encourage ! Après, plusieurs conseils qu'il donne sont pour des ultras et des courses encore plus longues

      Merci de ton passage et merci pour ton gentil commentaire !
      A bientôt
      Aurore

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  3. Ca sera le cas pour mon cher mari pour le marathon du mont-blanc, je l'enverrai te lire ;)

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