Beaver Trail


Le Beaver Trail de Poulx c'était quelque chose. Lorsque j'ai arrêté le marathon de l'Hortus au bout de 9 km sur les 44km il y a deux semaines, je me suis trouvée un autre petit objectif, j'avais besoin de porter un dossard à nouveau. BB ayant décidé de faire le grand du Beaver Trail (34km et 1200mD+), j'ai longuement hésité mais je décide de faire le petit finalement qui fait 18,5km et 600mD+. Cela ne serait pas raisonnable de faire le grand sachant que dans 1 mois pile poile je serai au départ du skymarathon du Mont Albert en Gaspésie au Québec. Cela fait trop comme distance 34km donc le 18,5km me conviendra très bien. Je décide de le prendre comme un week-end bloc avec le duo nocturne de Cendras le vendredi soir (12km et 300mD+). 

Je suis très stressée en me levant dimanche matin. Ils annoncent de la chaleur et j'ai peur que mes jambes ne tiennent pas vu comme je me suis donnée vendredi soir. J'ai aussi peur de rater, comme le marathon de l'Hortus. Déjà que je n'avais pas beaucoup de confiance en moi, j'en ai encore moins maintenant. Mais je suis pré-inscrite et je compte bien tout donner aujourd'hui même si les jambes ne suivent pas. Je pense à mes objectifs futurs et ce week-end choc ne me fera pas de mal. 


Je m'échauffe avec BB qui est encore plus stressé que moi. Un dernier bisou, quelques mots d'encouragements et je vais me placer sur la ligne de départ. Je pense que la course part dans un sens alors je me positionne au fond. Sauf que le speaker annonce que nous partons dans l'autre sens, tout le monde se tourne et je me retrouve... devant... Il est hors de question que je parte devant, je vais me faire piétiner donc j'essaye de reculer mais je reste quand même dans les premiers. Je laisse rapidement tomber, je me ferai bien doubler au début. 
Je décide de partir avec le porte bidon de BB, une première pour moi. Un peu de nutrition avec et je pense que cela suffira. J'aurai du prendre mon camel-back. 


A 9h00 le départ de la course est donné. Le premier km monte sur la route avant de nous faire prendre un DFCI. Je me fais doubler par la masse mais j'essaye de me caler sur mon rythme car il ne faut pas trop s'emballer. Le soleil tape déjà et il ne fait pas froid sur le chemin. Pendant 3 km nous alternons petites montées et petites descentes sur le DFCI mais je cours encore - cela ne monte pas tant que ça -. Au bout du 2ème km je croise les parents de BB et ses grands parents qui m'encouragent avant de m'enfoncer dans un chemin moins large mais un peu à l'ombre. Nous rattraperons rapidement un monotrace en sous-bois et cela fait un bien fou d'être au frais. La première descente est là, un petit pierrier. J'en profite pour rattraper les quelques personnes devant moi et les doubler. C'est assez raide et les appuis sont instables mais je me régale sur ce genre de terrain. Je m'accroche aux arbres pour ne pas glisser dans la descente et je trottine en plantant mes pieds dans le sol, sur l'avant du pied comme BB me l'a conseillé. Un petit passage en sous bois, je virevolte entre les arbres, je baisse la tête et la première côte de la course m'attend. Un petit 50m de dénivelé qui se fait très bien à la fraiche. On me double à nouveau, je sais que je suis moins bonne dans les montées.


On croise souvent des bénévoles ce qui est très agréable étant donné qu'il n'y a personne sur le parcours. Je cours la plupart du temps toute seule mais le moral est au beau fixe et les jambes, bien que lourdes, avancent. La suite du parcours est plus roulant jusqu'au km 6. Ce ne sont que des petites bosses dans les monotraces où des chemins en plein soleil. Nous nous enfonçons dans la nature et ne voyons plus la ville depuis un bon moment. Sur les hauteurs, il n'y a pas un brin de vent et il fait vraiment très chaud. Je commence à avoir vraiment soif et je me rends vite compte que mon porte bidon ne suffira pas jusqu'au ravitaillement du km 13.
A partir du km 6, je cours avec une dame. On monte, on descend. Le parcours est magnifique mais qu'est-ce que j'ai soif. Je me force à ne boire qu'une gorgée tous les km. Je commence à avoir les lèvres sèches. Je boucle les 7 premiers kilomètres en 1h, le rythme me convient bien et si je continue comme ça, je mettrai environ 3h. La dame s'envole devant moi et nous attaquons la longue descente jusqu'au Gardon. 2,5km en plein soleil sur un chemin assez large aux pierres blanches. Je suis en train de fondre et je me répète, mais j'ai tellement soif. Je dois conserver de l'eau jusqu'au ravito.
La vue en haut du Gardon est magnifique et je m'arrête prendre une photo tellement le paysage qui nous est offert est beau. La descente se fera sans encombre, il n'y a pas de difficulté si ce n'est les marches inégales qui cassent le rythme juste avant d'arriver au pied du gardon.





Il doit faire un bon 30 degrés en plein soleil et le mistral de la semaine dernière me manque terriblement. Qu'est-ce que je donnerai pour une légère brise. En longeant le gardon, il y a un peu d'ombre et j'essaye de m'y mettre le plus possible. Nous somme sur une plage et il m'est impossible de courir, je vais plus vite en marchant. Je sens le sable rentrer dans mes chaussures à chaque pas et je pense à BB qui a pour rêve de faire le mythique Marathon des Sables. Il est fou. Aucun appui n'est stable et j'avance à l'allure d'une tortue. Heureusement nous ne restons pas dans le sable pendant longtemps, un monotrace sur la gauche et nous remontons un peu en sous bois avant de redescendre au pied du gardon.


Je profite du paysage mais j'ai trop soif. Le ravito est en haut de la montée, dans 1,5km - au bout de 13km - . Il me reste moins de 200ml d'eau. J'en suis à quasiment 2h de course et je n'ai rien avalé depuis le départ. J'ai des pâtes de fruits avec moi mais c'est beaucoup trop sucré et j'ai tellement soif que je ne peux pas en prendre, je vais terminer mon eau au sinon. Je débute la montée pour sortir du "trou" du Gardon mais là c'est le MUR. Le vrai, il ne fait pas semblant. Plus aucun jus dans les jambes, trop soif et mal au ventre, je ne suis vraiment pas bien. La montée est un très long chemin de croix et je dois m'arrêter très régulièrement car j'ai chaud. Le moral flanche un peu, je me pose sur un cailloux et j'attends 1-2 minutes. Je ne sais pas pourquoi mais je n'ai pas le jus pour repartir. Pourtant je n'ai pas le choix, je dois sortir d'ici et je rêve du ravitaillement. Je passerai le km de cette longue montée raide en 27 minutes et j'hallucine quand ma montre bipe.

J'arrive enfin en haut et je rêve du ravitaillement et de ses bouteilles d'eau et ses oranges. Je vais me verser de l'eau sur la tête car je suis dans le dur, cela me réveillera un peu. Nous sommes à nouveau sur les hauteurs et je croise un bénévole au km 13. Je lui demande dans combien de temps est le ravito et il me réponds "2 km". QUOI ?! Non ce n'est pas possible... Il doit me rester 50 ml d'eau. LE ravitaillement est à 15km et pas à 13km comme annoncé sur le parcours et le site de la course. Je dis au bénévole que je n'ai plus d'eau et il me propose de la badoit. Je n'aime pas l'eau pétillante mais j'ai tellement soif que je pourrai boire n'importe quoi. Il me remplit un peu ma gourde, je le remercie et continue ma route. Une grosse descente bien raide m'attend et je ne suis plus trop lucide. Je veux le ravito.
Je m'accroche aux arbres pour ne pas glisser sur ce terrain sableux et j'arrive rapidement en bas de la descente avant de remonter encore une fois. Mes pensées sont négatives mais je continue, il est hors de question d'abandonner même si le mental flanche. La badoit me donne mal au ventre et arrivée au sommet je croise une bénévole qui me demande si ça va. Je lui réponds que je suis un peu dans le dur et que j'attends le ravito. Elle me demande si j'ai de l'eau et je lui explique. Elle me propose une petite bouteille d'eau et je remplis ma gourde avec. Je ne la remercierai jamais assez. Je lui demande si elle en a pour elle qu'il fait chaud en plein soleil. "J'ai prévu le coup pour les coureurs, j'en ai plusieurs".
Je tombe la moitié de la petite bouteille d'une traite et remplit ma gourde de l'autre. Je continue ma route.

Encore une petite montée sur les hauteurs avant d'entamer une descente qui m'amènera sur la route. J'alterne course-marche comme depuis quelques km. Le terrain est technique mais moins qu'au Pic Saint Loup. Il y a quand même pas mal de cailloux dans la descente. Je quitte la route des yeux en contrebas pour m'enfoncer en sous-bois pendant quelques mètres avant d'en sortir sur la route. Je trottine, péniblement mais je trottine. Les parents de Baptiste sont là et m'encouragent. Ils attendent Baptiste qui va arriver de l'autre côté. Nous sommes au km 14 et toujours pas de ravitaillement. Une dame en vélo m'annonce qu'il est en haut. Je me maudis de ne pas avoir prévu plus d'eau et je maudis aussi les organisateurs de ne pas l'avoir mis plus bas - en silence bien sûr -.
Le ravitaillement, je le vois au loin. Il doit rester 400-500m de montée sur la route. J'accélère un peu le pas et je vais enfin pouvoir manger quelque chose. Je remplis ma gourde de 600ml que je bois d'une traite. J'ai tellement soif. Je me verse un verre d'eau sur la tête et je mange quelques oranges et des pommes. Je vais mieux et mes batteries sont rechargées. Il me reste 4,5km avant l'arrivée.

J'alternerais marche et course sur la fin de la course que je trouve moins sympathique. Il reste quelques monotraces, deux montées mais la fin est proche. Nous retrouvons rapidement les DFCI comme au départ. Je cours plus vite mais impossible de passer les 3h30, c'est une honte. Le premier et le second du 34km me doublent et ils ne sont pas beaucoup plus frais que moi. La chaleur n'a épargné personne aujourd'hui. Un dernier virage et je récupère la route. Il y a 500mètres de descente sur le goudron, la course est terminée. J'accélère et on m'encourage.
Je passe la ligne d'arrivée en soufflant.

Je termine 412/415 et 2eme espoir féminine en 3h40. Une moyenne de 5 km/h. J'ai complètement explosé sur la course et je sais que je ne vaut pas 3h40 sur ce type de parcours (compte tenu de mes derniers entraînements et de ma course de vendredi soir). Mais c'est fait, ce n'est pas bien fait mais j'ai terminé et c'est le plus important comme toujours. C'est la première fois que j'explose comme ça en plein vol et je pense que la chaleur n'a pas arrangé les choses. Ce fut une drôle d'expérience mais je crois que tout coureur passe par cette phase-là.
Je mange un petit truc et nous attendons BB avec ses parents et sa soeur. Je le vois arriver et il n'est pas du tout en forme. Nous l'encourageons et courons avec lui. Il termine 45/138 et 1er espoir homme en 4h17.

A très bientôt !

4 commentaires

  1. Ton récit me fait penser à mon trail hivernal où j'avais dépassé les 2h40 pour 14km. On peut pas toujours être au top comme on dit mais l'essentiel c'est de franchir la ligne, quel soulagement !
    Bravo tout de même car courir par ce temps, c'est pas simple ;)

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    1. Oui j'étais bien soulagée sur la fin, j'étais vraiment dans le dur avec cette chaleur. Je ne te dirai pas vivement l'hiver mais presque :p
      Merci

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  2. Moi je dis un grand BRAVOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO! Et il a fait effectivement TRES TRES chaud ce jour-là (pour tout le monde!) haha

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    1. Merci ! C'est clair qu'il ne faisait pas froid !!!

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