Verbier Marathon 2018


Ce samedi 7 juillet soit une semaine après le cross du Mont Blanc avait lieu la 10ème édition du Trail Verbier Saint Bernard. L'occasion d'aller en Suisse et de découvrir ce coin que je ne connais pas vraiment si ce n'est le trajet Champex-Chamonix que j'ai eu l'occasion de faire sur l'OCC. Dans le cadre de cette édition, l'organisation a lancé une nouvelle course : le Verbier Marathon et ses 43km et 3500mD+. Pas de barrières horaires (du moins il y en a, mais elles sont calées sur l'ultra donc très larges), une distance parfaite pour moi même si le dénivelé me fait bien peur. 



Le départ de la navette se fait à 8h30 de Verbier et nous arrivons sur Liddes à 9h15, soit 1h45 avant le début de la course. Autant vous dire que l'attente était plutôt longue. Avec Fabien (aka @blue_bedroom sur instagram) nous nous installons sur le terrain de basket au soleil en attendant le départ. C'était aussi l'occasion de faire plus ample connaissance. A 9h30 il est temps de se bouger et d'aller sur la ligne de départ. Comme une blonde, j'ai oublié la crème solaire, mais surtout ma montre suunto. Petit moment de panique, je ne peux absolument pas courir sans ma montre au vu du dénivelé qui m'attend. Je décide donc à la dernière minute de télécharger une application d'altimètre sur le tel qui fera le travail. 


« Je n'ai jamais donné le départ d'un marathon avec autant de dénivelé » - Merci Ludovic Collet de nous rassurer au départ. Un mini briefing d'avant course et à 10h nous nous élançons dans les rues de Liddes direction Verbier. 509 coureurs au départ, combien à l'arrivée ? 
Nous rentrons direct dans le dur de la course avec une première côte de 1200mD+ et 6km à grimper. Je me cale sur mon rythme et n'hésite pas à me laisser doubler, le chemin va être long jusqu'à l'arrivée. Je grimpe à un bon rythme et m'accroche à la dame juste devant moi. Le dénivelé passe plus vite que prévu et la montée ne présente pas vraiment de difficulté si ce n'est qu'elle est assez raide. Je ne fais pas de pauses, les jambes répondent bien et je double la dame devant moi avant de m'accrocher au gars suivant. Il a exactement le même rythme que moi donc nous terminerons cette première côte ensemble. La montée est vraiment magnifique et la vue qui nous est offerte est  splendide. Je prends d'ailleurs beaucoup de plaisir dans cette montée et je me dis à quel point j'ai la chance de pouvoir faire ça. 2h10, c'est le temps que j'ai mis pour faire cette première montée. Presque 3km/h de moyenne, c'est vraiment pas mal, je note une réelle progression par rapport à d'habitude. Je passe en 502/509ème à Milles et ne traine pas au ravitaillement. 


La suite jusqu'à la cabane Brunet sera une belle descente bien raide suivie d'une succession de petites bosses. Je me met à courir pour la première fois de la course, du moins à trottiner dans ce début de descente raide. Le paysage est toujours aussi beau et j'en suis vraiment éblouie. J'en prends plein les yeux et je me régale. Je commence à me faire doubler par quelques coureurs de l'X Traversée (73km et 4500mD+). Nous passons au bord d'un lac avec des campeurs qui nous encouragent, cela fait du bien de voir un peu de monde sur ce parcours perdu en pleine montagne. 



J'arrive à la cabane Brunet au bout de 3h51 de course, 497/509ème. Nous sommes à 14km de course et 1400mD+. Le rythme est bon et je retrouve quelques coureurs du Verbier Marathon. Je prends le temps de bien manger à ce ravitaillement, car je commence vraiment à avoir les crocs. Charcuterie, fromage, fruits, tout y passe. Il faut se remplir le bide avant les deux bosses qui nous attendent. Ces petites bosses me faisaient un peu peur sur le papier et j'avais bien raison d'avoir peur. 
La première bosse jusqu'au col des Avouillons fait 600mD+ pour un peu moins de 4km. Cela monte de manière progressive au début puis après avoir traversé la rivière un mur nous fait face. Des lacets qui montent tout là-haut et qui passent dans un pierrier. C'est tellement raide, je prends un coup de bambou assez violent dans cette partie. Mes pauses sont de plus en plus régulières et je dois vraiment décrocher le cerveau pour juste monter et ne pas m'arrêter. Je sors souvent le téléphone pour faire un check de l'altimètre. Heureusement que j'ai les bâtons qui m'aident bien. Après être sorti du pierrier, nous apercevons le sentier jusqu'au col qui arrivera plus vite que prévu. Je suis au sommet avec d'autres coureurs qui se sont mis sur le côté pour faire une petite pause. Petit break pour moi aussi et j'en profite pour manger. En plus avec une vue splendide, que demander de plus ? 

Photo TVSB, Monica 


La descente suivante est vraiment très raide et il ne vaut mieux pas tomber, au risque de se retrouver 30 mètres plus bas.. Nous marchons tous, c'est pour vous dire. La pente sera moins raide sur la fin de la côte ce qui me permet de relancer. Nous sommes vraiment en pleine montagne, la montagne sauvage comme je l'aime. Un paysage minéral, pas de remontées mécaniques et le glacier de Corbassière qui nous fait face. Magnifique ! Le plus bel endroit où j'ai eu l'occasion de courir. 
Nous descendons donc dans le creux via des lacets qui permettent de courir avant d'arriver à la fameuse passerelle de 190mètres de longueur. J'ai horreur de ces passerelles, j'avais détesté cela au trail des Passerelles de Monteynard et je redoutais le passage de celle-là qui est quand même assez longue. Allez je me lance et dans ma tête c'est la crise de panique. Que ça bouge cette merde !!!! Ma main gauche ne lâchera pas la passerelle et je vais me répéter pendant toute la traversée « surtout ne regarde pas en bas ». Un gros brouhaha vient envahir mes oreilles avec la rivière qui coule sous la passerelle. Je ne suis VRAIMENT PAS BIEN. Le sol se dérobe sous mes pieds et je suis vraiment à deux doigts de me mettre à pleurer. J'accélère le rythme et descend de cette passerelle après ce qui m'a semblé une éternité. Je dois reprendre mon souffle et mes esprits avant de repartir. 

Photo TVSB, Monica


Prochaine étape : la cabane de Panossière après une belle côte de 1,5km et 350mD+. Après quelques lacets pour remonter, nous arrivons à une intersection : des coureurs qui redescendent de la cabane passent sur notre gauche et un mur nous attend. Le mur le plus raide de la course, le long d'une crête jusqu'à la cabane. Je suis complètement cramée et déprimée de voir ça même si le coin est magnifique. La côte en question prise en photo lors de ma descente ci-dessous. 


Je pousse comme une dératée sur mes bâtons, buste en avant histoire d'alléger mes jambes. Mon coeur s'emballe comme ce n'est pas permis, mais je grimpe. Doucement mais sûrement comme on dit.  Comme l'ensemble des coureurs à cet endroit, je suis cramée. Ces deux bosses sont les nouveautés de cette année, mais elles sont presque de trop. Heureusement que l'endroit est vraiment magnifique. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau. La cabane arrivera bien trop tard à mon goût, mais elle arrivera quand même. Je suis par contre frigorifiée en t-shirt donc je me change et j'enfile mon t-shirt à manches longues et ma veste WAA puis je prends le temps de me poser au ravitaillement et de bien manger. Un petit bouillon, quelques fruits, des discutions avec quelques coureurs du marathon et je repars après 6h57 de course, 480/509ème pour 21km et 2200mD+. 


La suite du parcours ? Une descente de 1200mD- jusqu'à Fionnay. Le début de la descente n'est pas vraiment technique et me permet de courir. Nous empruntons un autre chemin que celui de la montée pour descendre, mais nous croisons quand même ceux qui montent à un moment avant de se séparer pour de bon. Je trottine le long, les bâtons toujours dans la main droite, la flemme de les plier et de les ranger surtout que le système de porte-bâtons n'est pas le meilleur sur ce sac. Nous longeons un flanc de montagne avec un petit ruisseau qui coule sur notre droite, c'est encore une fois magnifique. Surtout que nous ne descendons quasiment pas donc je peux courir facilement. Néanmoins, la suite de la descente sera beaucoup plus raide et des douleurs vont commencer à apparaitre dans mes rotules. Je ne m'en inquiètes pas plus que ça, je sais que j'ai tendance à avoir des douleurs aux genoux lors des descentes raides. Je me fais rattraper par des coureurs du Verbier Marathon dont un avec qui je ferais le chemin jusqu'au prochain ravito. 
La fin de la descente est beaucoup plus technique : des lacets, de la terre, quelques cailloux et racines. Fionnay arrive et un ravitaillement sauvage est organisé par des habitants. Ils ont des twixs ! Quel plaisir d'en manger un ! La suite du parcours se fera en grande partie sur la route pour rejoindre Lourtier au km 33. Le fameux ravitaillement avant ce qu'ils appellent le mur. Je passe en 9h17 de course, 477/509ème

Je prends vraiment le temps de me poser. Je suis cramée et j'ai surtout très faim. Je me fais donc une bonne assiette, une première pour moi sur une « petite distance». Je m'arrête un bon 15 minutes avant de repartir. Ce n'est pas simple à ce moment, tu as toujours l'abandon qui résonne dans la tête : pourquoi continuer à se faire mal ? Pourquoi repartir pour au moins 4h de course et affronter le mur ? Mais aujourd'hui mon mental est à 100%, je vais être finisher de ce Verbier Marathon. C'est donc regonflée à bloc que je quitte le ravitaillement de Lourtier avec comme objectif d'arriver à la Chaux après avoir affronté « le mur » comme ils l'appellent : 1200mD+ sur 5,5km. Un kilomètre vertical pour terminer, pour le plaisir. Live Trail m'annonce à 00h00 en haut, soit 4h de montée. Impossible, je compte mettre bien moins de temps. 

Après avoir quitté le ravitaillement, nous traversons un petit pont puis rentrons dans le vif du sujet avec une côte très raide sur la route. La raideur de la montée sera la même pendant ces 5km. Je me cale sur mon rythme, il est lent, mais l'objectif est de faire le moins de pauses possibles. 500mD+ en 1h, 900mD+ en 2h... Je déconnecte complètement le cerveau dans cette montée. Je suis comme dans un état second : outre la fatigue qui se fait ressentir après plus de 10h de course, je ne comprends pas vraiment ce qui m'arrive. Je sais que je monte, je sais où je ne suis, mais sans vraiment l'être. J'ai déconnecté le cerveau pour de bon. Je regarde mon altimètre de manière régulière afin de voir mon avancée. Je me fais doubler par des coureurs de la Traversée et quelques costauds de l'X Alpine. Nous échangeons toujours quelques mots d'encouragements, mais la montée se fait dans le silence. La nuit tombe et je sors la frontale au dernier moment pour finir. La vue est magnifique, car même si nous sommes en sous-bois, il nous arrive d'en sortir et d'avoir quelques points de vues sur le soleil couchant caché derrière la montagne voisine. Au loin je vois les frontales des coureurs qui arrivent à la cabane de Panossière.
Au 3/4 de la montée, nous arrivons sur un passage vraiment très raide avec au loin des chanteurs et danseurs dont nous apercevons seulement les formes. Autour d'un feu, ils font du tam-tam et chantent. Ils dansent aussi avec des boules couleur feu qu'ils agitent. C'est vraiment très mystique, mais reposant. Je me cale sur le rythme du tam-tam pour monter. Il est 22h30. 

Le ravitaillement arrivera à la Chaux après 12h29 de course pour 39km et 3400mD+, 422/509ème. Comme vous pouvez le voir, j'ai gagné 50 places, car beaucoup de coureurs du Verbier Marathon ont abandonné à Lourtier. Par contre je suis vraiment gelée donc je prends le temps de me réchauffer au ravitaillement, de boire un bouillon avec des pâtes et de manger un petit quelque chose. Je me couvre aussi : il est temps de sortir le collant que j'enfile directement sur mon short ainsi que les gants. Le tour de cou qui faisait office de bandeau se transformera en bonnet et j'ajoute à cela ma capuche sur la tête qui sera tenue par ma frontale. Je repars de la Chaux et le froid pénètre dans mon corps dès la sortie du ravitaillement. Je suis complètement gelée, la nuit est tombée et l'humidité qui va avec aussi. 


Je vais subir la dernière descente : cramée de chez cramée, ces 7 derniers km seront un long chemin de croix jusqu'à Verbier. Je m'aide de mes bâtons et j'ai froid. Je suis en train de faire une Templiers bis. Je subis toujours la dernière descente à cause de la fatigue et du manque de lucidité. En plus, vu que je ne porte pas mes lunettes, ma vision à tendance à s'altérer et je n'y voir pas très clair. 
En bas c'est Verbier avec ses lumières qui nous attend. Pas un bruit, seulement celui de la nature et de ce coureur du Verbier Marathon avec qui je vais faire la bonne dernière moitié de la descente. Nous discutons de nos vies et c'est toujours un plaisir d'échanger sur une course. Néanmoins, je relance sur la fin de la descente et me remet à courir dès que je peux, je le lâche donc. 1km de descente sur un chemin bétonné suivi d'une bonne partie de route avant d'arriver proche de la ligne d'arrivée. J'accélère dans la dernière ligne droite et je passe la ligne la banane comme c'est pas permis. 14h13, c'est le temps qu'il m'aura fallut pour relier Liddes à Verbier par les montagnes Suisses. 438/509 partants au départ, mais 438/457 finishers. Vous avez bien lu, 19 personnes derrière moi. J'aurais normalement du terminer dernière, mais ce n'est pas le cas. Je progresse, enfin. 3,20km/h, soit une marche plus qu'une course. C'est ce qui arrive sur les courses les plus difficiles, mais cela ne m'empêche pas de dire que je suis traileuse et pas randonneuse. Beaucoup d'émotions s'entrechoquent en passant la ligne d'arrivée, même si la principale reste le soulagement : soulagement d'être enfin arrivée, soulagement d'avoir bouclé ce parcours si difficile et de pouvoir juste aller me reposer. Il y a un peu de fierté aussi d'être allée au bout et de ne rien avoir lâché pendant ces 14h longues heures. 



Je suis finisher de cette 1ère édition du Verbier Marathon, une course que je vous recommande chaudement ! Un parcours certes très difficile, mais splendide. Des paysages à couper le souffle, des ravitaillements bien fournis, des bénévoles adorables, mais surtout une entraide entre les coureurs et un partage que je n'ai connu sur aucune autre course. Le rendez-vous est pris pour 2019. 

A très bientôt ! 

3 commentaires

  1. Bravo. J'en ai la chaire de poule de te lire.
    @mitié Laurence

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  2. Bravo, belle course, beau mental, belle persévérance !

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  3. Hello Miss,
    Super course et magnifique CR. Ça fait plaisir de te voir toujours aussi motivé !
    Quel bon choix que d'avoir fait le Verbier, la région est magnifique et les courses là-bas sont d'un très haut niveau.
    Un grand bravo d'être arrivé au bout !

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