SaintéLyon 2018


C'était le gros challenge de cette fin d'année 2018 sur la 65ème édition de la SaintéLyon avec ses 81km et 2100mD+ au programme. Une course mythique et encore cette année avec des conditions dantesques. Autant l'an dernier il faisait -10 avec de la neige et du verglas, autant ce fut encore plus rude cette année avec 5-8 degrés, mais une pluie non stop et un vent de malade. Énormément de boue sur les sentiers. Une édition rallongée de 10km par Alain Souzy qui a dessiné le parcours le plus long  de l'histoire de la SaintéLyon. Un dernier cadeau avant de s'en aller. 


L'aventure commence à Saint-Etienne avec les quelques heures d'attentes devant nous, plus de 6000 coureurs qui s'agglutinent dans le parc des expositions de Saint-Etienne. Une ambiance vraiment particulière, la plupart des coureurs emmitouflés dans leurs sacs de couchages, avec un bouquin à la main, à écouter la musique ou encore à dormir. Je n'ai pas fait exception à la règle. Roulée au fin fond de mon sac de couchage, je me suis mise dans ma bulle avec la musique résonnant dans mes oreilles. J'ai tenté tant bien que mal de piquer un somme, sans succès.
Une pasta party aux alentours des 20h30, cela me laissera largement le temps de digérer jusqu'au départ prévu à 23h30. Un petit coup de barre vers 22h00, comme une envie d'aller au fond de mon lit, mais qui s'estompera rapidement à l'excitation du départ partagé avec Romane. Nous sortons pour aller nous placer sur la ligne de départ. Un dernier encouragement de la part de l'Extra team (encore merci Tom et Alex !) avant de prendre le départ en première vague sur un air de U2. 


« Baby, baby, baby, light my way. Alright now. Baby, baby, baby, light my way »

Vous imaginez les frissons, nous sommes plus de 6000 coureurs sur cette ligne de départ qui s'élancent pour 81km et 2100mD+ et qui vont tenter de rejoindre Lyon par les Monts du Lyonnais. Une longue nuit nous attend. Un dernier encouragement de la part d'Eric, le speaker :

« Vous voulez en chier, alors vous allez en chier »

La première vague part vite, je le savais mais c'était le deal pour avoir un maximum de marge sur les barrières horaires, les vagues étant espacées de 15 minutes chacune. Je me cale donc sur mon rythme dès le début et je me laisse doubler par la vague de coureurs tous plus chauds les uns que les autres. Trop contente d'être ici et d'avoir pu prendre le départ de mon plus gros objectif de 2018. J'ai le sourire des jours qui vont bien et les quelques kilomètres de route dans Saint-Etienne me permettent de m'échauffer tranquillement avant les premières bosses en nature. Ne surtout pas partir trop vite, le chemin va être long jusqu'à Lyon. 

Au lieu de me dire que j'allais courir 81km, ce qui me paraissait juste impossible, j'ai décidé de couper ma course en plusieurs morceaux : aller de ravitaillement en ravitaillement. Ainsi, à aucun moment je me suis dit « il me reste 70 km ». Dans ma tête c'était plutôt « il me reste 10km jusqu'à Saint-Christo ». Quand je partais d'un ravitaillement, mon seul objectif était d'arriver entière au suivant. Point. 

Saint-Etienne à Saint-Christo (18,6km et 600mD+)

La première section de Saint-Etienne jusqu'à Saint-Christo se compose de 19km et 600mD+. C'est assez roulant et en grande partie sur route ce qui permet de bien courir et d'avoir de la marge sur les barrières. Je l'ai avalé en 2h39, assez contente de mon temps, mais surtout avec plus de 2h30 de marge sur les barrières horaires. Nous avons eu droit majoritairement à quelques faux plats montants avec une belle vue au sommet sur Sorbiers. Pour redescendre vers le village, nous passons par le Puits Pétin. Passé Sorbiers, nous empruntons un chemin dans les bois qui est pas mal boueux, cela ne sera que le début de la course. Et encore, nous sommes les premiers à passer ici. Je maintiens mon rythme et je suis plutôt en forme pour le moment. Une belle montée nous fait face avec ses 200mD+ avant de redescendre sur Saint-Christo qui sera le 1er point de ravitaillement. La pluie a fait son apparition, je n'ai pas froid pour le moment, mais cela ne devrait pas tarder. 
Je m'engouffre dans le ravitaillement blindé de Saint-Christo et j'essaye de me frayer un passage parmi les coureurs pour boire un peu de coca, manger des fruits, des pâtes de fruit, mais aussi du salé. Tout y passe : fromage, charcuterie, tuc, banane, clémentine... Un vrai festin. Je ne traîne pas trop et repars, direction Sainte-Catherine sous les applaudissements des spectateurs. Les gens sont tellement motivés, il faisait vraiment très froid à Saint-Christo. 

Photo : We are Media Makers

Saint-Christo à Sainte-Catherine (13km et 400mD+) 

En sortant du ravitaillement de Saint-Christo, le froid pénètre mon organisme et je me retrouve gelée en un rien de temps. Il faisait vraiment trop bon sous la tente. Il pleut des cordes et il y a énormément de vent à Saint-Christo. Je suis déjà trempée de la tête aux pieds. Je décide donc de faire une pause sur le côté pour ajouter ma seconde couche que j'avais retiré au départ car j'avais trop chaud. Elle ne sera pas de trop pour la suite du parcours. J'ai les doigts gelés et mes gants sont déjà trempés. Génial après seulement 2h30 de course. 
Après une petite section de route dans Saint-Christo, nous partons dans les chemins qui sont bien boueux. Cela sera le début d'un long chemin de croix jusqu'à l'arrivée. Heureusement, nous avons encore pas mal de sections de route dans cette partie. Il y a beaucoup de monde et je me fais doubler en masse, mais cela ne me dérange pas pour le moment. Le ballet de frontales à travers les Monts du lyonnais est magnifique, c'est un spectacle rien qu'à lui seul, mais surtout c'est reposant. J'ai vraiment très froid, mais je suis heureuse d'être là et de juste profiter. Le calme règne entre les coureurs : personne ne parle, chacun est dans sa course. On monte, on descend, on remonte, un coup sur la route, un coup dans les bois et chemins. On passe par le bois Plein Pot ou une petite côte de 100mD+ nous attend. Plus on approche de Sainte-Catherine et plus la boue est présente, de la grosse gadoue qui rend les appuis instables en descente comme en montée. 
Le gros point noir de cette course pour le moment : je suis complètement gelée depuis Saint-Christo et je n'arrive absolument pas à me réchauffer. Je ne sens plus mes doigts et je n'ose pas retirer mes gants trempés de peur d'avoir encore plus froid ensuite. Mes pieds sont trempés à cause de la boue, mon sac est trempé, même mes sous-vêtements sont trempés.

J'arrive au ravito de Sainte-Catherine à 4h37, après 5h07 de course pour 32km et 1000mD+. Je suis dans les temps, j'ai encore 2h d'avance sur la barrière. Je ne traine pas au ravitaillement, je remplis rapidement mes flasques, je bois du thé histoire de me réchauffer (même si je déteste le thé, genre vraiment) car c'est la seule source de chaleur à disposition et je repars du ravitaillement direction Saint-Genou. 

Photo : We Are Media Makers

Sainte-Catherine à Saint-Genou (15km et 500mD+) 

Je connais bien cette partie du parcours pour l'avoir reconnue il y a même pas deux semaines. On va rapidement quitter la route après une bonne montée pour se retrouver dans le bois d'Arfeuille après la Bullière. Une longue descente nous attend avant de mieux remonter par la montée du Rampeau qui va clairement piquer (200mD+ sur 750m). Aucun appui n'est stable depuis Sainte-Catherine, il y a énormément de boue et la terre a été labourée par les coureurs de la Saintexpress. Chaque pas est un défi afin de ne pas glisser et tomber. Beaucoup de coureurs tombent d'ailleurs autour de moi. Heureusement que mes sens ultra font bien le boulot, car si je tombe, je ne suis pas sûr de continuer la course tellement je suis déjà frigorifiée. Cette section est loin d'être facile et je commence à en avoir vraiment marre de la boue. Trop de boue tue la boue. Je prie pour avoir à nouveau des sections de route, mais je sais qu'elles ne vont pas arriver avant un moment. 

Photo : We are Media Makers

Après la montée glissante du Rampeau, nous arrivons au village de Saint-André-la-Côte. Un vent glacial combiné à la pluie nous attend au sommet. Mon moral en prend sacrément un coup. Mes doigts sont morts, je ne les sens plus du tout et la pluie fouette mon visage malgré le combo bonnet + buff + capuche. J'aurai du vraiment prendre un masque de plongée. 
Petite descente après le village avant d'attaquer la montée au Signal qui est le point culminant de la course. Je suis assez contente de mon rythme en montée, je ne fais aucune pause et je monte d'un bon rythme, j'arrive à accrocher les coureurs devant moi. S'en suit une descente assez technique après le signal. En temps normal, ce n'est pas simple alors la c'était Bagdad avec la boue... J'ai mis pas mal de temps à descendre, je me suis faite beaucoup doubler à cause de mon TFL qui a refait son apparition. J'ai l'impression de recevoir des décharges électriques sur le côté externe de mon genou dès que je fais un pas, surtout en descente. Cela s'atténue voir disparait quand je marche. Le chemin va être encore long jusqu'à Lyon, mais interdiction d'abandonner à cause de ça. Je pense que la douleur provient des appuis qui sont vraiment instables et des pieds qui glissent constamment. En effet, j'ai couru plusieurs courses cet été de 30-50km et j'avais zéro douleurs à ce niveau.

J'arrive à Saint-Genou à 7h58, après 8h27 de course pour 47km et 1500mD+. Je suis largement dans les temps. Je vois pas mal de coureurs qui prennent leur temps au ravito, d'autres sont même assis. Je ne sais pas comment ils font, si je m'assois, je ne repars pas. Je ne traine pas, je ne remplis pas mes gourdes qui sont encore pleines, je prends juste un morceau de banane à manger, je remplis mon gobelet de soupe chaude histoire de me réchauffer et je repars direct. Je ne peux pas m'arrêter, j'ai beaucoup trop froid et le ravitaillement étant en extérieur, cela ne sert à rien de traîner. Heureusement que ma Sophie m'avait donné de bons conseils la veille de la course : 

« Il va faire froid, arrête toi le moins possible au ravitaillement surtout. Prépare toi à manger » « Fais-toi un sandwich au pâté »

Je suis bien contente de l'avoir écouté et de pouvoir sortir mon petit sandwich à la sortie du ravitaillement tout en marchant sur le chemin direction Soucieu. Il est très bien passé d'ailleurs ce sandwich au pâté à 8h du matin. 

Saint-Genou à Soucieu (14km et 310mD+) 

J'ai commencé à vraiment subir la course à partir de Saint-Genou. Déjà parce que j'étais juste gelée depuis le départ et que je commençais à ne plus en pouvoir après plus de 8h de course, puis j'avais vraiment très mal à mon genou dès que je me mettais à courir, surtout en descente. Heureusement, la pluie nous a laissé un petit moment de répit dans cette section descendante vers Soucieu. Le jour s'est levé et je me suis un peu réchauffée. 
Dans cette section, nous sommes encore en grande partie dans les sentiers, avec toujours autant de boue. C'est ici que se joue le mental, quand mon physique commence à me lâcher. J'étais préparée pour faire 50km, mais pas 80km. Nous enchaînons les 4 bois suivants : le Bois de Pindoley, de la Roche, de la Dame et du Bouchat. On monte, on descend, on remonte, il y a quand même beaucoup plus de descentes que de montées. J'ai du mal à me souvenir concrètement de cette partie, car j'étais bien fatiguée et j'ai eu un beau coup de barre. Néanmoins, je sais que j'ai attendu pendant un loooooong moment le ravitaillement de Soucieu, j'avais l'impression qu'il n'allait jamais arriver.

Un plaisir de croiser Valérie sur cette section qui m'a doublé peu de temps avant l'arrivée à Soucieu. 
Le ravitaillement pointera le bout de son nez à 10h57, au bout de 61km et 1800mD+ en 11h26. Enfin un ravitaillement en intérieur. Je vais prendre un peu mon temps, en profiter pour remplir mes gourdes, bien manger, boire, me réchauffer encore avec une soupe et sortir ma couverture de survie que je vais mettre autour de moi, car je n'en peux plus d'avoir froid. Je décide de retirer mes gants et découvre mes doigts, tout blancs et assez douloureux. Je demande à une dame de m'aider à ouvrir ma compote, elle aura eu pitié de moi je pense, car elle m'a ensuite aidé à mettre ma couverture de survie puis m'a offert son petit gant en laine que je n'ai pas pu refuser tellement j'étais au bout du rouleau. Nous avons un peu discuté, merci beaucoup en tout cas pour l'aide apportée ! Cela a fait la différence à ce niveau de la course. Je repars gonflée à bloc du ravitaillement de Soucieu, car à ce niveau de la course l'abandon à Chaponost n'est pas envisageable. 

Soucieu à Chaponost (9km et 100mD+) 


La section de Soucieu à Chaponost est vraiment facile et je comprends mieux quand les gens nous disent d'en garder sous le pied. La majorité de cette partie s'effectue sur la route ou sur des sentiers larges avec un peu de boue, mais rien de bien méchant comparé à ce que nous avons eu avant. Mais surtout, cette section est descendante. Je trottine comme je peux, mais j'ai vraiment mal aux jambes. C'est pour vous dire, c'est le bout du monde quand j'arrive à trottiner à 6,5km/h. Donc je commence à alterner marche course et cela sera le début de la fin jusqu'à Lyon. J'essaye de débrancher le cerveau et de ne plus penser à rien. Avancer, il faut juste avancer. Personne ne le fera à ma place. Je l'ai voulu. 
J'arrive à Chaponost à 12h54 après 70km de course et 1900mD+ pour 13h24 d'effort. Je ne m'arrête même pas, je veux juste arriver car je n'en peux plus. Je traverse le gymnase de Chaponost et je repars direction Lyon. Je vais être finisher de la SaintéLyon. 

Chaponost à Lyon (11,5km et 250mD+)

Je ne vais pas vous mentir : j'ai marché pendant 11,5km. Impossible de courir, impossible de relancer. J'ai touché le fond du fond. J'étais à un point de fatigue dans les jambes tellement élevé qu'il m'était incapable ne serait-ce que de trottiner. Je me suis faite ainsi beaucoup doubler dans cette section, j'ai pesté contre moi-même, je me suis forcée à trottiner mais à quoi bon quand on va aussi vite en marchant qu'en courant ? Alors, j'ai marché pendant 11,5km et j'ai mis 2h45 à les faire. Pourtant, ce n'est presque que de la route et la seule difficulté est la montée des Aqueducs. Mais je n'avais juste plus les jambes. Elles m'ont dit stop après 70km.
Voir les panneaux « il vous reste 10km » puis « il vous reste 5km » ont été assez éprouvants. J'avais les larmes aux yeux.

Grosse introspection pendant ce moment : j'ai pensé à ces derniers mois qui ont été assez compliqués, aux problèmes qui s'accumulent pour l'année 2018, aux difficultés que j'ai surmonté et celles qui sont à venir et à ma vie de manière générale et l'orientation qu'elle prend. On peut penser à beaucoup de choses sur une course longue distance. Tout cela en marchant. 
Un grand merci au traileur qui m'a d'ailleurs poussé dans la montée des Aqueducs. Il a posé sa main dans mon dos, je l'ai regardé et il m'a dit « vous faites de la peine à voir ». J'étais dans un sale état.. J'ai du le remercier des millions de fois, car il m'a vraiment aidé. 
J'ai clairement subi les derniers escaliers avant d'arriver sur les quais. Puis je me suis remise à trottiner au niveau du musée des Confluences. Tout dans mon corps me faisait horriblement mal, mais je me devais de trottiner. Je ne pouvais pas finir en marchant. 

Saint-Etienne -> Lyon 

Des spectateurs étaient encore présents sur le pont et dans le parc que nous avons traversé avant de rejoindre la Halle Tony Garnier. Ils nous encourageaient et ce fut trop pour moi : je m'effondre en larmes. Je suis tellement fatiguée, j'ai tellement poussé mon corps aujourd'hui, j'ai mal. Je ne me sentais pas capable de faire 81km et pourtant je suis allée au bout. Toute seule. Dans le froid, la nuit, le vent, la pluie, mais surtout la boue. J'ai été submergé par un condensé d'émotions en quelques minutes après une nuit et une journée dehors, alors qu'elles ont joué aux montagnes russes pendant 81km. 
Tu sais ce moment ou tu te dis « je l'ai fait, je suis fière de moi ! », cet accomplissement que seul toi peut ressentir et qui te donnes envie de te lancer dans des défis pareils. C'est pour ça que je cours. Pour ressentir cette sensation de planer, même si elle ne dure que quelques minutes, même si elle n'est qu'éphémère. 
C'est ainsi que je me suis engouffrée dans la Halle Tony Garnier et que j'ai passé la ligne d'arrivée, après 16h15 de course pour 81km et 2100mD+.



De la pure folie cette SaintéLyon 2018 ! Un souvenir que je vais garder à vie et même si je ne pense pas re-signer pour la SaintéLyon l'an prochain, j'en garde un souvenir magnifique. C'était dur, très dur, nous avons eu des conditions très difficiles et il y a eu beaucoup plus d'abandons que les années précédentes. Mais c'est fait et j'en suis très fière. Une nouvelle distance que je coche et qui me rapproche doucement mais surement de l'ultra un jour. 

Je fais partie des 486 femmes finishers de la SaintéLyon sur 5208 coureurs. 

Un grand merci aux copains qui m'ont encouragé, à la famille et à la team d'Extrasports pour les encouragements et tout le boulot colossal qu'il y a autour de cet événement. Après avoir vu le côté organisation l'an dernier, c'était bien sympa de passer du côté coureur cette année. 


Je conclurai cet article en remerciant bien évidemment les bénévoles qui ont toujours le sourire et un mot gentil alors qu'il faisait vraiment froid sur le parcours. Un grand merci aux spectateurs aussi qui étaient présents en grand nombre. La SaintéLyon est et restera une course mythique à faire au moins une fois dans sa vie de traileur. Et je suis contente de l'avoir accroché à mon « palmarès ». 

Je m'en vais récupérer de cette nuit de folie ! 

1 commentaire

  1. bravo Aurore.
    Tu as surmonté ton plus gros challenge et très bien su le raconter pour partager l'expérience !

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